
- Si si je le connais bien, je te file son numéro si tu veux!
Et voici comment le téléphone d’un participant de
- Oui allô ? Oui écoutez je vais voir si j’ai du temps à vous accorder.
Pas de bonjour, rien. Le signal « Grosse tête » s’allume dans mon esprit. J’enfonce le clou.
- Très bien, je reste à votre disposition, tenez moi au courant. Au revoir.
- Oui je vous rappelle ! conclut-il.
En langage journalistique, cela veut donc dire que je dois le rappeler quelques jours plus tard. Le rendez-vous est fixé. Je le fais venir à la rédaction pour être analysé par les journalistes. J’adore les nouvelles « stars » qui prennent la grosse tête ! De la pure chair à article. Facile à mâcher, facile à cuire.
- C’est pas vrai c’est X que tu fais venir ici ? Je l’ai vu hier près d’un bar, il discutait avec des filles, comment il se la pétait ! Inouï ! rigole JP tandis que je scrute l’arrivée de mon cobaye à travers la grande baie vitrée du journal, depuis l’étage supérieur.
La pseudo star pointe son nez, avec une démarche du style « soyons discrets pour qu’on ne me reconnaisse pas dans la rue ». Autant dire que la tactique fonctionne, car personne ne le reconnaît. Idem dans la salle de rédaction, alors qu’il pensait assurer une entrée en fanfare. Les journalistes le prennent pour une nouvelle plante verte. Direction la salle d’interview. La cafét. Derrière la vitre de celle-ci, JP croise les bras, dévisage la « star », effectue quelques rictus. Puis il entre, s’assoit en silence à côté de moi et analyse le spécimen sans mot dire.
- Je suis X, de
- Hein ? Ah euh oui oui bien sûr, marmonne JP avant de quitter la pièce en haussant les sourcils.
- Bon alors expliquez nous comment vous vivez cette situation, quels sont vos projets etc ? demande-je.
- Oui, écoutez, écoute hein, on peut se tutoyer, tu m’as l’air sympathique.
- Euh oui oui je suis gentil.
- T’es gentil ? C’est bien ça tu sais, dans la vie.
Je me pince les poils de bras. Le mec a le même âge que moi ! Et se permet de faire des leçons sur l'existence comme un vétéran de
- Je vais sortir un single brésilien…
- Mais euh, pourquoi sortir un single en septembre alors que ça pourrait cartonner en été?
- Ah ça c’est les mystères de la prod tu sais, c’est des pros, il savent ce qu’ils font. C’est le showbiz tu sais…
- Oh oui je sais...
Il ne croit pas si bien dire. Il n’a pas conscience qu’il est en train de se faire aspirer.
- Bon c’est quoi alors ce single ?
- Je peux pas le dire, c’es top secret, j’ai peur des plagiats etc, enfin tu vois c’est le showbiz quoi, faut être prudent.
- Tu vas te prendre deux claques dans tes dents de Nouvelle Star ça va pas tarder oui. Tu vas voir ce qu’est la prudence. Mais je me contrôle. L’apprenti has been continue son speech.
- Ouais ok je veux bien être pris en photo avec toi…
Il siffle un journaliste dans la salle de rédaction pour prendre le cliché. Personne ne surgit. Le bide total. Je dois régler le déclencheur automatique ! Tandis qu’on se prend en photo tel Tom Cruise et un fan scientologue, il me tapote le dos !
- Ecoute je peux parler de toi à quelques producteurs tu sais. J’ai plein de contacts.
Je cherche une caméra cachée, ou la preuve matérielle d’une blague des secrétaires de rédaction. S’il ouvrait mon carnet de contacts, ou mieux, cumulait tous les contacts qu’il y avait sur tous les carnets de chaque journaliste de la rédaction, il se pendrait sur place. Je lui épargne cette humiliation. Le diagnostic est simple. L’homme souffre de « Grosse Tête carabinée » avec quelques poussées de « Jmelapétisme ». Evolution de la maladie : «Grosse désillusion».
L’entretien s’achève. Je le raccompagne dehors. Je croise le regard de Charlie. Dans l’entrebâillement de la porte de son bureau, je lui glisse un rapide projet :
- J’ai aussi un candidat d’Intervilles hein en stock !
- Euh, prends ton temps surtout, conclut-il les oreilles greffées au téléphone.
Le single brésilien n’est jamais sorti. Plus jamais entendu parler de la grosse tête. Personne d’ailleurs. Comme tant d’autres, elle a été broyée, atomisée, devenue poussière d’étoile dans l’impitoyable galaxie people.
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